Inga 3 : ce que le barrage promet au Kongo-Central, et ce que redoutent les pêcheurs
En juin 2025, la Banque mondiale a lancé un programme d'un milliard de dollars pour Inga 3, avec une première phase destinée aux communautés du Kongo-Central. Des pêcheurs de la province expriment leurs craintes pour le fleuve.

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Le projet de barrage d’Inga 3, sur le fleuve Congo dans le Kongo-Central, relance un débat ancien : comment faire profiter les habitants de la province d’un site hydroélectrique dont le potentiel est discuté depuis des décennies ? En juin 2025, la Banque mondiale a lancé un programme qui commence par les communautés voisines du site. Dans la foulée, des pêcheurs de la province ont exprimé leurs craintes.
Ce qu’annonce la Banque mondiale
Dans un communiqué du 3 juin 2025, la Banque mondiale présente un programme de développement d’Inga 3 financé à hauteur d’un milliard de dollars. La première phase repose sur un crédit de 250 millions de dollars de l’Association internationale de développement, approuvé par le conseil d’administration de la Banque mondiale.
Cette première phase vise d’abord les populations du Kongo-Central : environ 100 communautés vivant près d’Inga, soit quelque 1,2 million de personnes selon la Banque mondiale. Les priorités retenues sont l’eau potable, l’énergie de sources renouvelables et l’entretien des routes rurales, avec des emplois locaux et des formations pour que les habitants puissent occuper des postes liés à Inga.
Le programme appuie aussi l’Agence pour le développement et la promotion du Grand Inga (ADPI-RDC), chargée de finir la préparation du chantier : études détaillées et montage du projet. La Banque mondiale estime la puissance potentielle d’Inga 3 entre 2 et 11 gigawatts. Selon elle, seuls 21 % des Congolais disposent d’une connexion électrique, et le gouvernement vise 62 % d’ici 2030. Bob Mabiala, directeur de l’ADPI-RDC, affirme que le développement de l’hydroélectricité d’Inga 3 « sera transformateur pour la RDC ».
Ce que redoutent les pêcheurs
Le 15 juin 2025, selon Radio Okapi relayée par allAfrica, des pêcheurs de dix territoires du Kongo-Central se sont opposés au projet lors d’un atelier sur l’avenir de la pêche dans le bassin du fleuve Congo. Ils craignent qu’Inga 3 aggrave les dommages environnementaux déjà observés avec Inga 1 et Inga 2.
Ils ont demandé au président Félix Tshisekedi de préserver l’identité de la RDC comme « pays solution » face au changement climatique et d’éviter les projets contraires à une « transition énergétique juste ». Radio Okapi note que la première phase du programme finance justement des études de faisabilité et des évaluations d’impact social et environnemental.
L’héritage d’Inga 1 et Inga 2
Pour comprendre ces réserves, il faut regarder l’existant. Selon une fiche d’International Rivers, Inga 1 a été mis en service en 1972 et Inga 2 en 1982. Un technicien de la SNEL cité par l’organisation indique que les deux barrages fonctionnent encore en dessous de leur capacité, en raison de réparations en cours.
La même fiche d’International Rivers indique qu’Inga 3 était prévu à 4 800 mégawatts avant d’être repensé pour 11 000 mégawatts, pour un coût estimé à 14 milliards de dollars pour le barrage et 4 milliards pour les lignes de transport.
Ce que cela change pour le Kongo-Central
Pour les habitants de la province, l’enjeu se joue à deux niveaux. À court terme, la première phase doit apporter eau, énergie et routes aux communautés proches d’Inga, ainsi que des emplois et des formations. À plus long terme, la question est de savoir si un nouveau barrage éclairera aussi ceux qui vivent à ses pieds.
Les pêcheurs, eux, réclament que les impacts sur le fleuve et sur leurs revenus soient pris en compte avant tout chantier. Les études prévues par la première phase seront donc le premier test : c’est là que se jouera l’équilibre entre l’énergie attendue par le pays et la vie des riverains du Congo.
Les informations ci-dessus datent de juin 2025, date de l’annonce du programme et de la prise de parole des pêcheurs.




