Ebola en Ituri : pourquoi la province reste l’épicentre de l’épidémie
L'Ituri concentre plus de 70 % des cas confirmés d'Ebola en RDC, selon le ministère de la Santé et l'OMS. Voici ce que disent les derniers bilans et ce qui freine encore la riposte.

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Depuis la mi-mai, l’Ituri reste la province la plus touchée par l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. D’après les données du ministère de la Santé arrêtées au 25 octobre, rapportées par Radio Okapi le 28 octobre, le pays a franchi le seuil de 10 000 cas confirmés. Plus de 7 200 d’entre eux se trouvent en Ituri, soit plus de 70 % du total.
Ce que disent les derniers bilans
Selon le ministère de la Santé, le bilan national arrêté au 25 octobre s’établit à 10 060 cas confirmés et 4 887 décès. L’Ituri compte à elle seule plus de 7 200 cas confirmés et 3 370 décès. Le Nord-Kivu vient ensuite, avec plus de 2 300 cas. Plus de 2 600 patients sont guéris. Au total, 66 zones de santé réparties dans huit provinces ont été touchées depuis le 15 mai. Pour la seule journée du 25 octobre, 96 nouveaux cas ont été confirmés : 58 au Nord-Kivu, 32 en Ituri et 6 en Tshopo.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse le même constat dans son rapport de situation du 11 octobre, relayé par ONU Info le 15 octobre. À cette date, elle comptait 9 144 cas confirmés et 4 410 décès, dans sept provinces et 65 zones de santé, avec plus de 70 % des cas confirmés en Ituri. L’écart avec les chiffres du ministère tient en grande partie aux dates : deux semaines séparent les deux bilans, pendant lesquelles de nouveaux cas ont été confirmés.
Une épidémie qui ne recule pas encore
L’OMS indique que l’épidémie se poursuit « sans qu’une tendance à la baisse durable ne se dessine ». Elle décrit une évolution qui « reflète une propagation asynchrone entre les provinces et les zones sanitaires » : certaines zones progressent, d’autres voient la transmission reprendre. Sans mise en œuvre cohérente des mesures de riposte, prévient-elle, les progrès locaux pourraient être compromis par « une reprise de la transmission et une nouvelle propagation géographique ».
Dans son rapport du 29 octobre, relayé par Radio Okapi le 30 octobre, la Task Force présidentielle chargée du suivi de l’épidémie cite plusieurs zones de santé d’Ituri parmi les foyers actifs : Mandima, Bunia, Rwampara, Nizi et Mambasa. Le même document indique que la hausse des cas au Nord-Kivu serait en partie liée à des cas importés de Mandima, une zone proche de la limite entre les deux provinces. L’Ituri pèse donc aussi sur l’évolution de la situation chez ses voisins.
L’enjeu dépasse les frontières du pays. Selon ONU Info, le Kenya a confirmé mi-octobre un deuxième cas, un homme de 39 ans membre de la famille du premier patient, décédé le 5 octobre dans un hôpital de Nairobi.
Les obstacles sur le terrain
Radio Okapi rapporte des difficultés dans le suivi des cas contacts et des défis logistiques dans les zones enclavées. En Ituri, deux femmes présentant des symptômes suspects n’ont pas pu être transférées faute d’ambulance. Pour l’OMS, la vaccination et la recherche progressent, mais leur mise en œuvre a été affectée par une disponibilité intermittente du vaccin.
Sur les 70 000 doses d’Ervebo attribuées à la RDC le 17 août, l’OMS précise que 5 900 doses ont été fournies en Ituri par le programme national de vaccination. Par ailleurs, 2 000 doses sont destinées à l’étude observationnelle BRAVO, menée auprès de professionnels de santé de la province. Ces doses sont distribuées dans des protocoles de recherche, avec consentement éclairé.
Ce que ça change pour les habitants
Pour les familles de l’Ituri, l’épidémie pèse sur la vie quotidienne : déplacements, soins, fréquentation des écoles. Les consignes de base rappelées par les autorités dans les provinces touchées, notamment par le gouverneur du Haut-Uélé le 24 août, restent les mêmes : se laver régulièrement les mains, éviter tout contact physique avec une personne présentant des symptômes suspects, ne pas manipuler les dépouilles suspectes et signaler rapidement tout cas suspect aux services de santé.
Tant que le suivi des contacts et la logistique des zones enclavées ne seront pas renforcés, l’Ituri restera au centre de la riposte. C’est dans cette province que se mesurera, dans les semaines à venir, la capacité du pays à faire reculer durablement l’épidémie.

