Bukanga-Lonzo : l’histoire du méga-parc agricole du Kwango
Lancé en 2014 près de Kenge, le parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo devait nourrir Kinshasa. Son bilan reste débattu, et l'électricité installée sur place est aujourd'hui au cœur des demandes du Kwango.

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En 2014, la RDC lançait à Bukanga-Lonzo, dans la zone de Kenge au Kwango, un parc agro-industriel présenté comme le premier d’une série destinée à nourrir le pays. Douze ans plus tard, l’électricité installée sur place reste au cœur des demandes adressées au gouvernement pour le Kwango. Retour sur l’histoire de ce projet, d’après les documents disponibles.
Un projet pilote lancé en 2014
Selon un rapport de l’Oakland Institute publié en 2019, Bukanga-Lonzo a été lancé en 2014 comme projet pilote, le premier de 22 parcs prévus. Le site couvre 80 000 hectares, d’après ce rapport, et se situe à environ 260 km au sud-est de Kinshasa.
En mars 2016, ADF Magazine, reprenant un reportage de la Voix de l’Amérique, décrivait un site de 5 000 hectares cultivés, dont environ 3 300 hectares déjà récoltés. Environ 1 000 hectares de légumes étaient irrigués par 20 pivots d’arrosage. Le gouvernement annonçait 7 000 emplois et 100 millions de dollars dépensés en infrastructures, surtout pour l’électricité, une station de pompage et des machines.
L’objectif : réduire les importations alimentaires
Les récoltes devaient approvisionner Kinshasa et réduire les 1,5 milliard de dollars que la RDC dépense chaque année pour importer de la nourriture, selon le reportage cité par ADF Magazine. L’État détenait la majorité du capital et louait les terres à des investisseurs pour 25 ans. Bukanga-Lonzo devait aussi devenir une nouvelle ville dotée d’industries de transformation.
Le modèle devait être répété. Jusqu’à 11 méga-fermes étaient envisagées, et un conseiller du Premier ministre chargé de l’agriculture, John Ulimwengu, affirmait qu’il serait étendu à d’autres provinces.
Un bilan qui diffère selon les sources
Le rapport de l’Oakland Institute, fondé sur une enquête de terrain menée en juin 2018, dresse un bilan beaucoup plus sévère. Il rapporte des témoignages d’anciens travailleurs selon lesquels les surfaces réellement plantées sont passées de 5 000 hectares en septembre 2014 à 3 000 en 2015, puis à 2 000 en 2016.
Sur le financement, les montants varient. Le rapport cite 92 millions de dollars de fonds publics alloués, selon la Ligue congolaise de lutte contre la corruption, et un audit d’Ernst & Young de 2015 qui évoque plus de 100 millions de dollars dépensés, dont plus de 53 millions versés directement à Africom, la société sud-africaine partenaire du projet.
Selon le même rapport, les employés sud-africains d’Africom ont quitté le site en août 2017. En mai 2018, le ministre de l’Économie de l’époque, Joseph Kapika, a reconnu que le projet avait « complètement échoué », d’après des propos cités par Reuters. Africom, de son côté, a réclamé 19,79 millions de dollars devant la Cour internationale d’arbitrage de Paris et affirme avoir subi plus de 50 millions de dollars de pertes. Le gouvernement avait annoncé une relance centrée sur l’élevage.
Aujourd’hui, l’électricité reste la question
Le 8 octobre 2026, La Prospérité, republiée par AllAfrica, a rapporté une lettre ouverte datée du 4 octobre adressée à la Première ministre Judith Suminwa par Cox Kokow Muyangi, notable originaire du Kwango. Il salue la bonne route Kinshasa-Kenge, mais estime que la province reste « coupée de son propre développement ».
Selon lui, Kenge, à environ 200 km de Kinshasa, reste privée d’électricité alors que le courant est disponible à Bukanga-Lonzo, à environ 50 km. Il demande au gouvernement central de prolonger le réseau électrique de Bukanga-Lonzo jusqu’à Kenge, de réhabiliter les routes entre Kenge et Kahemba, Feshi, Kasongo-Lunda et Popokabaka, de moderniser l’aérodrome de Kenge et d’assurer une réelle représentation du Kwango dans les institutions nationales. Il rappelle que la province couvre près de 89 000 km².
Ce que cela change pour le Kwango
Le parc n’a pas tenu ses promesses de départ, de l’aveu même d’un ministre cité par Reuters. Mais les équipements installés pour lui, en particulier l’électricité, n’ont pas disparu. Pour les habitants du Kwango, la question posée aujourd’hui n’est plus celle des 22 parcs annoncés en 2014. C’est celle de savoir si ce courant disponible à Bukanga-Lonzo peut atteindre Kenge, la capitale de la province.



