Violences au Kasaï : l’ONU prolonge le mandat des enquêteurs

Violences Au Kasaï

Le mandat des trois enquêteurs indépendants désignés par l’Organisation des Nations Unies pour mener des enquêtes sur la situation des droits humains dans les régions du Kasaï, vient d’être prolongé d’une année depuis le mercredi 07 octobre 2020. Ainsi en a décidé le Conseil onusien des droits de l’homme basé à Genève, en Suisse.

Le prolongement d’un an du mandat des enquêteurs choisis par l’ONU témoigne de la complexité du travail de ces experts, dont la mission consiste à documenter les abus, identifier les responsables, et aider à garantir la justice pour les victimes des violations commises au Kasaï Central, entre 2016 et 2017, lors des tristes évènements de Kamuina Nsapu.

Ces affrontements, assimilables à des crimes contre l’humanité, auraient coûté la vie à plus de trois mille personnes, et fait près de 1,5 million de déplacés. Les enquêteurs de l’ONU font également état de la découverte de plusieurs fosses communes dans la région.

Tout porte à croire que la décision du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU de prolonger le mandat des enquêteurs vise aussi à donner le temps à ces experts pour qu’ils puissent récolter des données sur les nouvelles violences survenues récemment dans cette région de la République Démocratique du Congo et qui ont fait près de 25.000 déplacés en un mois !
D’autres violences meurtrières viennent d’avoir lieu dans le Secteur de Baluba Lubilanji, territoire de Katanda, dans la province du Kasaï Oriental, suite à un vieux conflit de terres opposant les Bena Kapuya et les Bena Muembia aux Bena Nshimba. Des affrontements ayant conduit à la destruction ainsi qu’à l’incendie des groupements de Katabua et Tshilemba, appartenant respectivement aux Bena Kapuya et aux bena Muembia.

Dans la Résolution approuvée mercredi par le Conseil de Droit de l’homme, l’instance onusienne a également condamné les violations des droits de l’homme observées sur tout le territoire de la RDC. Notamment dans l’est (au Kivu et en Ituri), où plus d’un million de personnes ont été déplacées ces derniers mois.

Le Conseil des droits de l’homme a également demandé à la Haute commissaire de l’ONU, l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, de présenter un rapport dans un an sur cette situation.

Violences aussi à Katanda (Kasaï Oriental)

Comme si ces atteintes graves aux droits de l’homme enregistrées au Kasaï ne suffisaient pas pour que les auteurs de ces violences répondent de leurs actes devant la justice, les démons de la haine et de la division viennent également de mettre à feu le territoire de Katanda, dans le Secteur de Baluba Lubilanji, province du Kasaï Oriental.

Il s’agit d’un conflit autour des terres arables appartenant aux Bena Kapuya et Bena Muembia, mais que les Bena Nshimba cherchent à s’approprier en recourant à des actes de violences, aidés en cela par certains responsables de la police locale et quelques politiciens en mal de repositionnement.

Dans ce contexte d’impunité (le conflit ne datant pas d’aujourd’hui), les groupements de Katabua et Tshilemba appartenant respectivement aux Bena Kapuya et bena Muembia ont encore subi dernièrement la barbarie de miliciens de Bena Nshimba qui ont détruit les champs et incendié toutes les habitations de ces deux villages, avec la complicité d’un prétendant chef coutumier répondant au nom de Vincent de Paul Mutombo et de quelques policiers de Katanda.

Ayant tout perdu dans ces incidents, les Bena Kapuya et Bena Nshimba réclament justice et ont, à travers leurs notables locaux, porté l’affaire devant les autorités provinciale et nationale (ministère de l’Intérieur et Sécurité), afin que les auteurs de cette barbarie répondent de leurs actes.

Avec le prolongement d’un an du mandat des enquêteurs, il n’est pas exclu que ces experts onusiennes puissent également saisir cette occasion pour documenter aussi le drame humanitaire qui se déroule présentement dans le territoire de Katanda au Kasaï Oriental. Surtout quand on sait que des policiers et des politiciens sont cités parmi les auteurs et commanditaires des actes de destruction qui s’y sont déroulés et qui ont donné lieu à des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels, tandis que les populations des deux groupements détruits vivent à la belle étoile, en brousse et en pleine saison pluvieuse au Kasaï.

Il sied de rappeler aussi que lors des violences liées au phénomène Kamuina Nsapu survenues au Kasaï Central entre 2016 et 2017, deux experts de l’ONU, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise d’origine chilienne Zaida Catalan, ainsi que leurs quatre accompagnateurs congolais, avaient été assassinés en 2017 dans le territoire de Dibaya dans la province du Kasaï Central, épicentre de l’insurrection menée par les partisans d’un chef traditionnel tué par les forces de sécurité en 2016.

Selon un rapport élaboré en juin 2017 par l’ONG américaine Human Right Warch, des militaires de l’armée congolaise auraient fait un usage excessif de la force en violation du droit international, tuant de très nombreux membres et sympathisants présumés des Kamuina Nsapu, notamment un grand nombre de femmes et d’enfants. Des membres du groupe, armés en grande partie de bâtons et d’autres armes rudimentaires, ont recruté des enfants et ont mené des attaques ciblées contre le gouvernement, tuant des policiers, des militaires et des autorités locales.

Plus d’1,3 million de personnes dans la région ont ainsi été déplacées de leurs foyers au cours de cette période, dont plus de 23 500 ont fui vers l’Angola, pays voisin.

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