RDC : Bernard Takaishe, un ministre de la justice surpris dans la fraude (Édito)

Maitre Bernard Takaishe Ngumbi22 Large (1)
La question est sur toutes les lèvres : le ministère de la Justice est-il maudit ? Il y a quelques mois, Célestin Tunda ya Kasende scandalisait la République en usurpant les pouvoirs du Conseil des Ministres et en organisant, avec les speakers des deux chambres du Parlement, des messes basses destinées à déstabiliser le Président de la République. Évacué du Gouvernement de la manière que l’on sait, non sans avoir laissé ouvert un dossier judiciaire au Parquet Général près la Cour de Cassation, le voilà qui fait des émules à travers son ex-Vice-Ministre faisant aujourd’hui office de Vice-Premier Ministre et Ministre en charge de la Justice.
Pas plus tard que vendredi dernier, le ministre intérimaire Bernard Takaishe, a trouvé le moyen de commettre la gaffe de sa carrière avec la sortie, dans le cadre des prisonniers libérables pour cause de grâce présidentielle, de trois personnalités pourtant condamnées pour des infractions de corruption et de détournement des deniers publics.
Comment a-t-il pu réaliser un tel tour de passe-passe ? Quel que soit le bout par lequel on aborde cette question, on ne trouvera pas de réponse pouvant justifier l’incroyable et intolérable bourde. D’abord parce que l’ordonnance portant mesures de grâce ne laisse aucune fenêtre ouverte à la moindre ambiguïté.
Elle exclut, en son article 5, tous les condamnés pour détournement des deniers publics, corruption, rémunérations illicites, etc.
Or, Bamaros, Benjamin Wenga et Modeste Makabuza, tous condamnés dans l’affaire du Programme de 100 jours, tombent sous le coup des préventions ci-dessus rappelées. Comment donc le Vice-Premier ministre et Ministre intérimaire pouvait-il leur trouver des atomes crochus avec l’ordonnance présidentielle portant mesures de grâce?
Le dossier paraît même plus complexe.
Les personnes ayant pris connaissance de la liste des bénéficiaires potentiels de la mesure de grâce avant même sa publication affirment qu’aucun nom parmi les personnes condamnées pour détournements des deniers publics, corruption et rémunérations illicites n’y figurait.
Bien plus, l’Arrêté ministériel en circulation ne reprend pas les noms des directeurs généraux de Foner, Sococ et l’OVD comme on peut le constater dans l’encadré ci-dessous. Alors, d’où est venue la décision de libérer ces derniers ?
Le tollé suscité par cette affaire indique toute l’étendue du ras-le-bol des Congolais qui en ont vraiment marre des tripatouillages, qu’ils soient politiques ou judiciaires. La fraude, si évidente pour tous dans le cas sous examen, appelle des sanctions exemplaires. Car si on laisse la justice s’enfoncer dans l’irrationnel comme c’est ici le cas, l’élévation tant espérée de la nation ne se produira pas.
Déjà, des rumeurs persistantes font état d’une tentative d’ouverture d’un boulevard aux délinquants friqués, à qui on offrirait une sorte de trophée dénommé « libération conditionnelle ». Cette perspective a été évoquée pour justifier la sortie de prison des DG de Foner, Sococ et OVD.
Elle était en réalité conservée au frigo pour des poissons plus gros. Ici, la vraie question se pose : qui a le pouvoir d’accorder la libération conditionnelle ? Au regard de la loi, celle-ci relève de la responsabilité des juges et non d’un quelconque ministre. Quels sont donc ces juges qui auraient pris une telle mesure et sur base de quels textes, dès lors que les trois condamnés se trouvent dans une situation particulière? Ils n’ont droit ni à la remise de peine, ni à la libération conditionnelle, selon le verdict rendu en leur défaveur au second et dernier degré.
En RDC, les tricheurs en cravate ont décidément la dent dure. Il faut tous les neutraliser ou, à tout le moins, leur infliger une peur historique qui leur coupera définitivement l’envie de se jouer des intérêts de la collectivité.
Le Phare
Liste des bénéficiaires de la remise totale de la peine restant à subir
A. Militaires
1. Eddy Kapend Irun
2. Mutindo Kitambala
3. Itongwa Ngirinda
4. Mukanirwa Nyampeta Jojo
5. Yav Ditend
6. Amisi Bakuka
7. Chiribagula Mulume
8. Ndongo Kahilu
9. Ditanda Kitanuka Bosco
10. Misisipi Kasongo
11. Bilolo Kadiku William
B. Civils
1. Bisimwa Tshibaka
2. Sikuru Shunuza
3. Kashindi Musome
4. Baguma Safari
5. Bahaya Maheshe
6. Muzima Mwenyenzi
7. Maregane Bisavu
8. Balungwe Birashirwa
9. Murhazi Burume
10. Leta Mangasa Georges
11. Nono Lutula
12. Kibonge Théodore
Réactions du Prof André Mbata : l’Arrêté frauduleux doit être retiré sans délai
Prof André Mbata demande le «retrait sans délai» de l’Arrêté frauduleux du Ministre de la Justice ayant profité de la grâce présidentielle pour accorder la libération conditionnelle aux personnes condamnées pour détournement des deniers publics et exige leur «retour immédiat en prison».
Pour le constitutionnaliste, il s’agit d’un «acte de sabotage des efforts du Président de la République en vue de la consolidation d’un État de droit, la lutte contre l’injustice, l’impunité, la corruption et d’autres anti-valeurs héritées de l’ancien système».
ODP : Un mauvais signal
L’observatoire de la Dépense Publique (ODP) voit en cette libération un mauvais élan dans la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo.
“Quel message envoie-t-on à ceux qui continuent à piller le pays ?”, s’interroge l’ODP , qui estime que la ” libération du DG de l’OVD et de celui de SOCOC est une triste nouvelle, un mauvais signe pour la lutte contre la corruption”, s’alarme-t-il.
Georges Kapiamba : « Il faut les retourner en prison »
« J’ajoute que même la décision judiciaire condamnant les concernés, confirmée par la Cour de Cassation, leur prive du droit notamment à la remise de peine et à la liberté conditionnelle. Ils doivent être retournés en prison et le Vice-Ministre de la Justice poursuivi en justice».
Le phare / congoactu.net
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