En réaction à notre appel au sit-in le 09 avril devant le Palais de la nation pour la question sécuritaire, mon ami Freddy a posté cette réaction « “Vous, chers collègues du Grand Kivu, quittez les groupes armés”, ai-je entendu. Le sit-in devait certainement se tenir ailleurs ». Cette réaction me pousse à lancer le débat philosophique.
Lorsque le ministre de l’EPSP (pour l’exemple) détourne l’argent des enseignants, les fonctionnaires et les enseignants font le sit-in où ? Il y a moins d’une semaine, je les ai vus avec leurs calicots devant le Palais de la nation. Ils ne sont pas les seuls à manifester ainsi. Il n’est venu à personne l’idée de leur demander d’aller manifester chez le ministre. Pourquoi ferait-on exception quand les Congolais manifestent pour une situation qui a fait plus de dégâts que le détournement des fonds de l’enseignement ? On parle quand même de dix millions de morts !
La réaction de mon ami rejoint celles d’autres (amis) de l’UDPS qui ont fait de la sortie de Mboso N’kodia leur refrain, « c’est l’affaire des Kivutiens qui tuent d’autres Kivutiens », autrement dit « cela n’a rien à voir avec le chef de l’Etat ». Donc, quand des gens se battent à Ilebo, ce n’est pas l’affaire du Chef de l’Etat ? Une telle attitude a un nom : l’irresponsabilité, sinon, pourquoi le Chef de l’Etat avait-il promis de résoudre le problème de l’est ? Par ailleurs, un tel jugement, entendu plusieurs fois, est tout simplement estropié. Est-ce les Kivutiens qui ont demandé des opérations militaires conjointes avec le Rwanda (honni) sur le territoire congolais ? Un homme d’honneur ne se décharge pas de ses responsabilités en accusant l’épouse et les enfants (ça s’appelle le syndrome d’Adam).
C’est l’occasion de poser à haute voix la question sur la stratégie de l’UDPS, le parti du Président de la République, même si la même question s’adresse à tous les autres partis (PPRD, Ensemble, AFDC …). Pourquoi ses leaders ne se prononcent-ils pas sur la question de l’est ? C’est le rôle des partis politiques de livrer leurs opinions sur les grandes questions du pays, de donner des orientations. Chez nous, de quoi parlent les partis politiques ? Du partage des ministères !!! Plus que tous les autres, l’UDPS devait monter au front pour soutenir le Président de la République. Non pas en chantant qu’il est « grand stratège qui a déboulonné le FCC » (ça c’est de la flatterie, du djalelo), mais en le poussant à prendre les grandes décisions qu’il est le seul à prendre de par ses fonctions de Président de la République et de Commandant suprême des armées. Le sit-in demande trois choses 1) l’audit de l’armée, 2) le départ de la MONUSCO et 3) le refus (de l’officialisation) des opérations militaires conjointes avec le Rwanda sur le territoire congolais. Comment la communication présidentielle et les penseurs de l’UDPS peuvent-ils rester silencieux devant ces questions capitales, silence qui blesse le désir naturel de compassion que le patriotisme nous commande envers nos compatriotes de l’est ?
Nous comprenons (moi en tous cas) que notre Président n’est pas mauvais, pas plus qu’il n’est complice comme certains l’affirment très vite. La preuve, s’il en faut, c’est que nous pouvons le critiquer et manifester aux abords du Palais de la nation sans qu’il nous tire dessus. Seulement il est sous la pression des forces occidentales qui manipulent la guerre et qui tourbillonnent autour de lui. Ce sont ces forces qui l’ont dissuadé de donner une suite à sa promesse d’envoyer une mission mixte à Minembwe. Ce sont ces forces qui l’envoient sur la fausse piste des ADF (inexistants) et des islamistes (fictifs) pour protéger leur homme de main Kagame et ses infiltrés dans l’armée. Le Président ne prendra jamais une décision suicidaire s’il n’a pas la population et le soutien de son peuple, et c’est le but de nos manifestations. Cela n’a rien à voir avec son fauteuil présidentiel, dont il sera question plutôt en 2023.
La stratégie d’évitement adoptée par l’UDPS et les sympathisants du Président est une stratégie vouée à l’échec, car si le président reste silencieux jusqu’en 2023, il n’aura aucune chance d’être réélu. Mais là ne doit pas être le problème, puisque nous sommes tous d’accord que c’est « le peuple d’abord », et non « le fauteuil présidentiel d’abord ». Si même Fatshi devait être battu un jour aux élections, il aura toujours le mérite éternel d’entrer dans l’histoire la tête haute comme celui qui a su placer l’intérêt supérieur du peuple et de la nation au-dessus de son intérêt personnel. Et donc, les supporteurs de Tshisekedi, les vrais (pas les autres là), leur place ce n’est pas dans les rangs des tambourinaires mais celui des manifestants qui vont lui demander de diligenter l’audit de l’armée, de renvoyer la MONUSCO et de résilier les accords militaires avec le Rwanda. Faisons de cette question un débat national pièce contre pièce.
Serge Gontcho di Spiritu Sanctu (+243 81 27 22 490)
Conscience nationale en action