Procès 100 jours en RDC : L’odeur de la corruption plane toujours

Procès 100 Jours En Rdc
Procès 100 Jours En Rdc

Dans le collimateur de la justice, Vital Kamerhe, l’allié de Félix Tshisekedi au sein du Cap pour le Changement (CACH) et directeur de Cabinet du chef de l’Etat, a focalisé l’attention de l’opinion au lendemain de son arrestation en mai 2020, lors des procès “100 jours” du Président.

 

Le porte-étendard de l’Union pour la Nation congolaise (UNC) a été au coeur des procès “100 jours” diligentés pour faire la lumière sur la gestion des fonds du Trésor public.

 

Très politisés, ces procès ont marqué les esprits des Congolais en 2020, d’autant qu’ils se sont apesantis sur le détournement des fonds publics, sur la corruption et sur la fragilité d’une justice perçue par certains comme dépendant du Pouvoir exécutif.

 

Nous sommes le 2 mars 2019, place Echangeur. Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi présente son programme d’urgence dénommé ” 100 jours”. Plusieurs actions sont déclinées pour améliorer, tant soit peu, le quotidien des Congolais, en attendant la mise en place du Gouvernement et l’exécution du programme d’action qui sera conjointement élaboré par le Premier ministre avec le président de la République.

 

Parmi ces actions figurent les projets de construction de 4500 maisons préfabriquées et celui de construction des sauts de mouton pour lutter contre les embouteillages dans la capitale congolaise. Le programme “100 jours” est intervenu dans un contexte où la Présidence, à travers le directeur de cabinet du chef de l’État, avait pris la décision interdisant toutes les dépenses dans les services publics, sans la signature expresse de ce dernier. Conséquence, ce programme dit d’urgence est conçue et géré par la Présidence. Les autres acteurs extérieurs (de l’Exécutif et des services publics), intervenant dans la chaîne des dépenses, sont relégués au simple rôle d’exécutants.

 

PROCÈS SPECTACLE

 

La plus emblématique de toutes les personnes interpellées pour détournement présumé des fonds destinés à l’exécution de ce programme est le directeur de cabinet du chef de l’État, Vital Kamerhe. Il est mis sous mandat d’arrêt provisoire, après un interrogatoire musclé au parquet général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete. Il s’en est suivi un procès spectaculaire, diffusé en temps réel à la télévision nationale et relayé en direct par plusieurs médias privés. Les Congolais ont suivi attentivement le déroulement de chacune des auditions de ce procès, tenues dans l’enceinte du Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa, (ex prison centrale de Makala).

 

Le ministère public a, durant l’instance, chargé Vital Kamerhe de détournement des deniers publics, de corruption et de concussion. Il a mis en exergue le rôle central joué par ce dernier dans la chaîne des dépenses, dans le cadre de ce programme. L’organe de la loi a soutenu que le directeur de cabinet du chef de l’État, en sa qualité d’ordonnateur, a fait décaisser 59 millions $ alloués à la construction de 4500 maisons préfabriquées, avant même que les marchés ne soient autorisés et les avenants ne soient signés.

 

Les avocats de la partie civile RDC, dont maître Dieudonné Kaluba Dibwa et le bâtonnier Coco Kayudi Misamu, ont abondé dans le même sens. Ils ont postulé qu’en tant qu’ordonnateur principal, le directeur de cabinet du chef de l’État a ordonné des dépenses non prévues, surfacturées, allant jusqu’à toucher les réserves de change. De l’avis de certains économistes, ces sorties de fonds sont à la base de la dégradation du tissu socioéconomique dont le peuple congolais fait les frais aujourd’hui.

 

PIÈCES CONTRE PIÈCES

 

Dans sa défense, Vital Kamerhe a, ” pièces contre pièces”, plaidé pour son innocence. Il a démontré qu’il ne jouait pas le rôle central dans la chaîne des dépenses. Tout en criant à la politisation de ce procès, les conseils du directeur de cabinet du chef de l’État, dont maître Kabengela Ilunga ont affirmé que le ministère public ne dispose pas de preuves suffisantes qui établissent la culpabilité de leur client.

 

Après plusieurs audiences et comparutions des témoins, les juges du Tribunal de grande instance Kinshasa/Gombe ont vu leur religion éclairée. Ils ont, dans un jugement rendu le 20 juin 2020, déclaré établies en faits comme en droit les infractions de détournement des deniers publics, de corruption et de concussion à charge de Vital Kamerhe.

 

Ils l’ont condamné à 20 ans de travaux forcés avec interdiction d’exercer une fonction publique et para étatique durant 10 ans après la peine principale. Le condamné est aussi privé du droit de vote et d’éligibilité à tous les niveaux des élections pendant 10 ans.

 

PROCÈS POLITIQUES ?

 

Dépités par ce jugement qu’ils qualifient de peu motivé, les avocats du directeur de cabinet du chef de l’État ont interjeté appel à la Cour d’Appel de Kinshasa Gombe où l’affaire est pendante.

 

Arrêté pour les même faits que Vital Kamerhe, l’homme d’affaires libanais Samih Jammal, patron de la société Samibo, chargée de construire ces maisons préfabriquées, a été condamné avec exclusion définitive du territoire national congolais. Le chargé d’import-export à la Présidence Jeannot Muyima, a été condamné à deux ans de travaux forcés pour les mêmes faits.

 

Plusieurs autres procès ont été organisés simultanément dans différentes juridictions du pays dans le cadre de l’exécution du même programme de “100 jours”. Le directeur général de l’Office des voiries et drainage (OVD), Benjamin Wenga a été condamné à 3 ans de servitude pénale. pour détournement des fonds destinés à la construction des sauts des moutons.

 

Autant pour le directeur général du Fonds national d’entretien routier (FONER). Le directeur général de l’Office des Routes a été relaxé après avoir passé plusieurs semaines à la prison centrale de Makala au sujet de cette même affaire.

 

Incarcéré dans la même prison, le directeur général de Rawbank a été relâché sous caution.

 

Cette grande action menée par les magistrats a porté quelques fruits. L’inspection générale des finances (IGF) a vu son rôle reconnu. Même chose pour la Direction générale de contrôle des marchés publics. Des agents publics de l’Etat ont fait semblant de reprendre conscience. Le peuple congolais a eu l’espoir que la corruption commençait à être finalement endiguée en RDC. Une illusion qui n’a pas malheureusement duré. Des actes de corruption impunis ont repris de plus belle.

 

DES PRESOMPTIONS DE CORRUPTION A L’ASSEMBLEE NATIONALE

 

Des gens haussent le ton çà et là pour accuser les institutions chargées de réprimer la corruption d’être corrompues. Le fait le plus éloquent est le présumé acte de corruption posé par les agents de l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) sur lesquels les enquêtes sont actuellement en cours.

 

Deux directeurs de ce service spécialisé de la Présidence auraient perçu 30.000 $ du directeur de ACCESS BANK sur qui pèserait les soupçons de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme. Deux directeurs de cette agence ont été suspendus à la suite de ces actes. Son coordonnateur a été incarcéré à la prison de Makala, puis relâché sans que l’on sache pourquoi.

 

Comme lors des élections de décembre 2018, de fortes présomptions de corruption à vaste échelle ont défrayé la chronique dans les travées de l’Hémicycle à l’occasion de la pétition contre le bureau Mabunda.

 

Des montants que des députés auraient perçus pour changer de camp ont été avancés. On attend toujours que la justice se saisisse de l’affaire…

 

Nombreux sont des analystes qui pensent que, ce dernier fait confirme que la corruption se porte encore bien en RDC. Les procès “100 jours” ont, certes, été un signal fort. Mais ils n’ont pas suffi à décourager les principaux acteurs des actes de corruption active et passive qui minent l’appareil d’Etat congolais.

 

ET LA COUR DES COMPTES ?

 

Les organisations de la société voient la solution dans la mise en fonctionnement normal de la Cour des comptes. Elles appellent le président de la République à recevoir le serment d’une cinquantaine des magistrats de cette juridiction non assermentés jusque-là et à la doter de moyens humains, financiers et matériels nécessaires à son bon fonctionnement.

 

BRIN D’ESPOIR

 

Nombreux sont des congolais qui ont cru que ce procès sonnera le glas de la corruption à col blanc dont les principaux auteurs sont dans les institutions et services publics. Fort malheureusement, après ces procès, des actes de corruption continuent à s’observer dans l’appareil de l’État. De bonnes bonnes pratiques de gestion axée sur le résultat peinent à être intégrées par l’élite dirigeante à divers niveaux. En témoigne les dépassements budgétaires inexpliqués observés dans différentes institutions du pays, de la Présidence de la République, en passant par les ministères sectoriels.

 

Puisse la bonne volonté exprimée par le président de la République Félix-Antoine permettre à la nation congolaise de venir à bout de ce combat contre la corruption appelée “Kaniaka ” en lingala.

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