Kahuzi-Biega : le parc du Sud-Kivu où vit le gorille de Grauer
Inscrit au patrimoine mondial depuis 1980, le parc national de Kahuzi-Biega abrite le gorille de Grauer, espèce endémique de l'est de la RDC. Un patrimoine fragilisé par l'insécurité, le braconnage et l'exploitation minière.

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Kahuzi-Biega est l’un des sites naturels les plus précieux du Sud-Kivu : un parc de 600 000 hectares, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980, où vit le gorille de Grauer, que les chercheurs présentent comme le plus grand primate du monde et qui n’existe qu’à l’est de la RDC.
Un site du patrimoine mondial en péril
Selon l’UNESCO, le parc national de Kahuzi-Biega s’étend sur 600 000 hectares dans l’est de la RDC. Il abrite 136 espèces de mammifères, dont le gorille de l’Est des plaines, appelé aussi gorille de Grauer, et treize autres primates comme le chimpanzé. Il est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 1997 et y figure toujours.
L’organisation cite parmi les menaces l’instabilité politique de la région, le braconnage et la chasse à la viande de brousse, l’exploitation minière illégale, la présence de villages à l’intérieur du parc et le manque de moyens et de personnel. Elle relève aussi l’absence de zone tampon et de limites clairement délimitées.
Un gorille en chute libre
Une étude publiée en 2016 dans PLOS ONE par Andrew Plumptre et ses collègues estime que la population de gorilles de Grauer est passée d’environ 16 900 individus avant la guerre à 3 800. C’est un recul de 77 % sur une génération, et de 87 % dans le parc de Kahuzi-Biega, qui était le bastion de l’espèce. Les chercheurs attribuent ce déclin à la guerre et à l’insécurité : dans les camps miniers, des groupes armés chassaient la viande de brousse, y compris des gorilles. Ils recommandaient de classer l’espèce en danger critique d’extinction.
Ces estimations remontent à 2016. Le rapport examiné la même année par le Comité du patrimoine mondial va dans le même sens. Il indiquait que l’espèce était désormais classée en danger critique d’extinction, que seule une petite population de montagne, estimée à 180 individus, était réellement protégée, et que le gorille de Grauer risquait de disparaître d’une grande partie de son aire en deux à cinq ans sans action urgente.
Le même document relevait que la couverture de surveillance du site était tombée à 34 % en 2015, contre 43 % en 2014, faute de financement, et que 14 des 34 mines artisanales illégales recensées restaient actives, après la fermeture de 20 autres. Il notait aussi une amélioration de la sécurité, avec l’évacuation des groupes armés depuis octobre 2015, tout en la jugeant fragile.
Une menace toujours d’actualité
La protection du gorille reste un sujet en 2026. Le 18 juillet, un gorille de Grauer a été abattu au village de Musisi, dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, le long de la route nationale 3, rapporte Radio Okapi (via AllAfrica). L’auteur présumé a été arrêté grâce aux autorités locales. La direction du parc s’est dite consternée et a parlé d’une atteinte grave à un patrimoine naturel national.
Le même article cite l’insécurité liée aux groupes armés dans le périmètre du parc, le braconnage et la pression sur les habitats. Il indique que cette insécurité a entraîné la suspension des patrouilles des écogardes dans une grande partie du parc.
Ce que cela change pour les Congolais
Le sort du gorille de Grauer se joue en grande partie dans ce parc : l’étude de 2016 y voyait le bastion de l’espèce, et l’UNESCO ne considérait comme réellement protégée que la petite population de montagne. Pour le Sud-Kivu, préserver Kahuzi-Biega suppose, selon l’UNESCO, de régler des problèmes très concrets : les moyens et les effectifs des gardes, des limites du parc mal définies, l’absence de zone tampon et la présence de villages à l’intérieur du site.




